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La guerre contre les Gourkhas - un peu d´histoire Les échanges transhimalayens ont continué entre le Tibet et le Népal mais, au moins jusqu'au milieu du XVIIIème siècle, les monnaies expédiées par les royaumes néwars restent de mauvais aloi, sans que cela contrarie réellement les Tibétains, pour qui la valeur faciale des pièces prime. Dès 1740, le, roi gourkha Prithvi Nârâyan Shah a attaqué les routes marchandes qui remontent vers le Tibet, se lançant à la conquête des domaines néwars de la vallée de Kathmandou; en 1768, ses victoires le rendent maître des principales vallées népalaises. Pendant toutes ces années, les échanges avec le Tibet ont parfois été suspendus, les routes du Bhoutan remplaçant alors les voies népalaises. Bientôt, le roi gourkha, qui manque de fonds pour son armée, est contraint de rétablir la circulation des métaux précieux vers son domaine et de renouveler les anciens accords népalotibétains. Après de longues négociations, rendues délicates par l'invasion du Sikkim par les Gourkhas, un début d'entente apparaît vers 1775 : les pièces de mauvais aloi devront être progressivement retirées de la circulation et le nouveau gouvernement népalais s'engage à prendre à sa charge la frappe d'une monnaie contenant un minimum d'alliage. Mais cet accord reste lettre morte: les émissions de monnaie ne reprennent pas, et les modalités du retrait des anciennes pièces restent à définir. (Devaiton faire un échange simple: une pièce pour une pièce, ou se fonder sur la valeur réelle des pièces?) La tension entre les deux pays se fait plus vive, et leurs relations sont de nouveau suspendues. De plus, les rares marchandises qui entrent au Tibet sont surtaxées. Au Tibet même, la mort du Panchen Lama (1780) est le prélude à une dispute entre ses frères: le Troungpa Rinpoché, son trésorier, et le dixième Shamarpa. Passant outre au fait que le Panchen Lama n'était pas le propriétaire de son immense fortune, chacun revendique un droit d'héritage sur les propriétés du Tashilhunpo et les nombreuses offrandes qu'avait reçues le dignitaire décédé. En 1782, la découverte de la réincarnation du Panchen Lama dans la famille du huitième Dalai Lama, un an après que celuici a décidé d'assumer le, pouvoir, envenime la situation. Dès lors, une sourde tension oppose les monastères Guélougpa aux monastères du dixième Shamarpa, chacun accusant l'autre de vouloir capter l´héritage La position du Shamarpa devient inconfortable au point qu'il décide de quitter le Tibet pour se rendre en pèlerinage au Népal. Sa décision n'est pas le fruit du hasard: le sixième Sha marpa y avait séjourné, le huitième Shamarpa y était né et s'y était lié avec les puissants d'alors. Comme les relations entre Shamarpa et Guélougpa s'étaient détériorées au temps de son prédécesseur, le Népal offre au religieux un asile où il peut trouver des appuis. Là, le régent gourkha (le roi est encore mineur) écoute attentivement l'inventaire qu'on lui fait des richesses tibétaines: mines d'or, mines d'argent, fabuleux trésors du Tashilungpo. Il ne lui faudra pas moins de dix ans pour réaliser ses rêves de conquêtes. En 1788, une armée gourkha pénètre au Tibet Bousculant aisément les troupes sinotibétaines elle s'empare des forts frontaliers de Kyirong, Nyalam et Tsongkha et de hameaux situés sur la route de Shigatsé. L'empereur Qianlong n'a pu empêcher sa progression. Avec l'entremise du Shamarpa, un accord favorable au Népal est trouvé, puis confirmé en 1789 : le Tibet devra payer une très lourde indemnité de guerre (jusqu'à plus de onze tonnes d'argent par an selon les sources) qui le rend, dans les faits, tributaire du Népal: le royaume gourkha frappera monnaie pour Lhassa, en échange de quoi les villes marchandes frontalières prises par les Gourkhas reviendront à l'administration tibétaine. Cet accord ne plaît pas à tous et suscite de nombreuses critiques. L'amban, responsable des négociations, se suicide lors de son retour à Pékin. Le gyeltsab (régent) Ngawang Tsultrim qui avait été jadis l'un des conseillers de Qianlong accuse les ministres du kashag d'incompétence et envoie en exil ceux qu'il estime responsables. De nouvelles négociations s'ouvrent pendant lesquelles deux ministres de Lhassa Tendzin Peldjor, le fils de Doring Pandita, et Youthog sont pris en otage et conduits au Népal. Les Tibétains refusant de payer la seconde annuité, les Gourkhas lancent une deuxième invasion à l'automne 1791. Plus de quinze mille guerriers, sans doute guidés par des hommes du Shamarpa qui leur aurait fait miroiter les richesses du Tashilhunpo, déferlent sur le Tsong. La panique gagne tout le pays: le jeune Panchen Lama quitte Shigatsé, et pendant qu'une armée tibétaine prend position sur la route de Lhassa, on pense à demander au Dalai Lama de se réfugier dans le Nord. Devançant le pillage de Tashilhunpo, le trésorier s'enfuit avec ce qui est le plus facilement transportable. L'armée gourkha prend Shigatsé et investit le siège du Panchen Lama sans coup férir. Tout ce que le monastère compte de précieux est soigneusement démonté, enlevé, puis envoyé au Népal. Dans la hâte du retour, près de deux mille soldats gourkhas se perdent en haute montagne, faisant disparaître avec eux une partie du butin, mais le trésor ramené à Kathmandou est tel que la solde de l'armée gourkha aurait été versée en or les années suivantes. Qianlong, faisant de l'invasion du Tibet une affaire personnelle, envoie à la rescousse des troupes tibétaines une armée du Sichuan comptant plus de quinze mille hommes sous les ordres des généraux Fu Kang'an et Hai Lancha. Les défenses gourkhas sont enfoncées, Fu Kang'an, malgré les demandes réitérées de négociations, pénètre au Népal et ne s'arrête que devant Kathmandou. Les fiers Gourkhas sont contraints de se soumettre à Qianlong, qui met à l'amende le Népal d'un tribut payable tous les cinq ans, tout en conférant au roi gourkha le titre de wang. La caravane qui reliera le Népal à la Chine jusqu'en 1908 via le Tibet pour honorer le paiement du tribut drainera quantité de marchands et de marchandises; son passage sera l'un des grands moments de la vie économique du pays. Les deux ministres prisonniers sont ramenés sous escorte au Tibet, où leur conduite ambiguë durant la guerre leur vaut d'être rétrogradés par le Dalai Lama et déchus de leurs titres honorifiques accordés par l'empereur. Enfin, une stèle est dressée à Lhassa pour rappeler la soumission des Gourkhas. Au Népal, le Shamarpa est mort empoisonné, mais on murmure qu'il s'est suicidé. Au Tibet, l'heure est aux règlements de comptes. Le pouvoir politique Guélougpa décide d'en finir. De lourds soupçons pesaient sur le ministre Tendzin Peldjor, dont la femme était une soeur du Shamarpa. Tibétains et Mandchous s'accordaient pour penser qu'il y avait collusion entre eux. avec l'encombrante souslignée KarmaKagyupa. Déjà, à la fin de 1791, ses monastères avaient été confisqués, et son siège de Yangpatchen avait été investi par le kaleun lama Djampa Tobden, accompagné d'un officier mandchou. A la mort du religieux, sa coiffe rouge de cérémonie, symbole de sa dignité, est enterrée, et sa lignée est décrétée hors la loi. Toute reconnaissance d'une réincarnation du Shamarpa étant interdite, toute renaissance, au propre comme au figuré, de la puissante souslignée est désormais impossible. Le coup porté à la lignée KarmaKagyupa ne semble avoir provoqué aucune réaction significative parmi ses membres influents, qui minimisent toutefois la responsabilité directe du Shamarpa dans le conflit. LE PROTECTORAT CHINOIS La victoire tibétochinoise et la présence militaire mandchoue donnent à l'empereur l'occasion de rappeler sa tutelle sur le haut plateau tutelle qui jusqu'alors était restée théorique. Qianlong va maintenant donner à la Chine les moyens de l'exercer directement en promulguant un règlement en vingtneuf articles rédigé à partir des rapports dressés par Fu Kang'an. Cette nouvelle Constitution définit en particulier les relations du Tibet avec son puissant voisin. Ho Lin, le frère de l'un des favoris de Qianlong, est nommé amban de Lhassa (1792-1794). L'empereur mandchou a en lui un porteparole fidèle et zélé sur le haut plateau. Jusqu'à la fin du xIx' siècle, les trulkou des Shamarpa ne furent plus reconnus, puis ils n'eurent aucun statut officiel jusqu'en 1964, année de l'intronisation du treizième porteur du titre. Pour l'historiographie chinoise, la lignée cesse effectivement en 1792. Chinois, Tibétains et Népalais se sont accordés pour noircir le personnage, dont ils font un intrigant. Kathog Tséwang Norbou, un religieux Nyingmapa contemporain du début des événements et très lié aux Karma Kagyupa, temporise et rejette la responsabilité des faits sur l'entourage des Shamarpa. Hstoire du Tibet de Deshaye |