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Rumtek – Lettre du Secrétaire Général de Rumtek le 26 Février 1994

À Son Éminence Shamar Rinpoche et à Topga

Le 26 février 1994

Monastère de Rumtek Nous avons reçu vos lettres remises aux représentants de notre communauté par le moine Nyanyok. Dans ces missives, vous annoncez, sans fondement aucun et d’une manière tout à fait péremptoire, que vous avez découvert un nouveau Karmapa. Nous, moines et laïcs, les authentiques disciples de Gyalwa Karmapa, souhaitons vous préciser, simplement et clairement, les faits tels qu’ils sont.

Depuis le fondateur de la tradition Karma Kagyu, le Seigneur Dusoum Khyenpa, jusqu’à sa XVIe incarnation, Rangjung Rigpe Dorje, il n’y a jamais eu de précédent où deux Karmapas auraient été reconnus simultanément. Les biographies des Karmapas antérieurs ainsi que l’histoire du bouddhisme au Tibet attestent explicitement de ce fait. Quant à vous deux, vous faites fi de tous ces témoignages historiques. Shamar Rinpoche et Tobga, vous êtes tous deux des opportunistes qui exploitent les circonstances politiques actuelles. Non seulement vous refusez d’accepter la Lettre de prédiction et le Sceau formel d’approbation, le Buktham Rinpoche accordé par Sa Sainteté le Dalaï Lama, mais encore, vous persistez à vous livrer à vos activités néfastes en annonçant que vous avez retrouvé l’incarnation incontestable du XVIe Gyalwa Karmapa. Nous estimons que vous deux, par cette mystification à l’effet d’un second Karmapa, détruisez, sans l’ombre de doute, la doctrine sacrée. De toute évidence, ceci ne peut en aucun cas être toléré par la communauté bouddhiste à l’échelle internationale et particulièrement, par les Tibétains, tant au Tibet que dans la diaspora. De ce fait, nous ne cesserons jamais de combattre vos machinations.

Parmi les disciples de Sa Sainteté le XVIe Gyalwa Karmapa, plusieurs sont capables de détenir, de préserver et de diffuser la doctrine du Bouddha, et notamment, la lignée Karma Kagyu. Les régents, qui furent les quatre disciples principaux, ont été choisis par Sa Sainteté comme premiers détenteurs de Sa lignée, en vue de sa préservation et de sa propagation. Après le décès de Sa Sainteté en 1981, en accord avec Ses souhaits, les quatre régents assumèrent leurs obligations. Ensemble, ils décidèrent que vous, Shamar Rinpoche, seriez le régent en fonction pour les trois premières années [de cette régence]. Vous avez accepté cette position, mais sous peu, vous avez tenté de trafiquer les titres de propriété du monastère situé à Delhi : au nom de Sa Sainteté Karmapa, vous avez essayé de substituer le vôtre. Des preuves tangibles attestent de ce délit. Par bonheur, les trois autres régents contrecarrèrent vos visées. C’est à cette époque également, que vous deux avez entrepris d’usurper l’autorité de Sa Sainteté et de vous emparer de ses biens. Vos complots et machinations n’ont que pour seul but de vous emparer de la souveraineté du Gyalwa Karmapa et de le spolier de ses biens. En vérité, vos faits et gestes s’opposent à Sa Sainteté Karmapa, le détenteur absolu de tous les trônes des glorieux Karmapas. En conséquence, nous, l’administration, la Sangha, la communauté laïque, ainsi que tous les sincères disciples de Sa Sainteté à Rumtek, ne vous permettrons jamais à vous, Shamar Rinpoche et Tobga, de continuer à vous livrer à vos malversations. À l’unanimité, nous avons décidé de vous combattre sans merci sur cette question.

Sa Sainteté le XVIIe Karmapa a été intronisé [depuis plusieurs années déjà] sur le trône d’or de tous ses prédécesseurs et ce, selon les préceptes de notre tradition séculaire. Depuis cet endroit, la splendeur de sa présence authentique rayonne déjà à l’échelle mondiale.

Une fois encore, Shamar Rinpoche et Tobga, vous faites obstacle au Gyalwa Karmapa, et ce, sans aucun document pouvant certifier la légitimité de votre incarnation factice. Encore une fois, le seul motif qui vous pousse à agir ainsi est de vous emparer du pouvoir et de dérober les possessions du Gyalwa Karmapa. Vous ne montrez pas le moindre respect à l’égard de la lignée Kagyu. Le vrai problème, c’est que vous, Shamar Rinpoche, rejetez le Gyalwa Karmapa, qui a été intronisé selon la tradition, et osez gaspiller des efforts et de l’argent sans compter aux fins de ce litige. C’est ainsi que vous, Shamar Rinpoche, provoquez délibérément la dissension et le schisme entre le Karmapa et vous-même ; n’essayez donc pas de travestir cette querelle en prétendant qu’il s’agit d’un désaccord entre Situ Rinpoche et vous-même.

Le 19 mars 1992, les quatre régents se réunirent au monastère de Rumtek afin de discuter de la réincarnation de Karmapa. Vous étiez alors d’accord, à l’unanimité, sur le contenu de la Lettre de prédiction. Vous avez décidé ensemble que Son Éminence Jamgon Kongtrul Rinpoche devrait se rendre au Tibet pour mener des recherches, ce à quoi il consentit. Plus tard dans la journée, l’association sikkimaise Lhadey Tshogpa, plusieurs autres organisations ainsi que d’éminents personnages vinrent vous prier de faire une déclaration explicite sur les résultats de cette réunion. Une explication consensuelle fut donnée à cette assemblée qui put prendre connaissance de la Lettre de prédiction. Tous ceux qui étaient présents en furent témoins.

Le 26 avril 1992, la disparition brutale de Son Éminence Jamgon Kongtrul Rinpoche mit les trois régents restants face à la responsabilité primordiale d’examiner ensemble la question de la réincarnation de Gyalwa Karmapa. À ce moment crucial, cependant, vous avez prétendu qu’il vous fallait rester en retraite, en raison d’un obstacle grave. En agissant ainsi, vous avez effectivement esquivé toute communication avec leurs Éminences Situ Rinpoche et Gyaltsap Rinpoche. Après quelques jours, vous avez brusquement quitté Rumtek, sous prétexte que vos affaires vous appelaient aux États-Unis, affaires de toute évidence plus importantes à vos yeux que la recherche de la réincarnation de Gyalwa Karmapa. C’est encore une fois vous, et vous seul, qui avez rendu impossible toute discussion au sujet de cette question décisive avec les deux autres régents. Jamais eux n’ont tenté de vous exclure.

Sans cesse, vous deux, Shamar Rinpoche et Tobga, affirmiez une chose aux deux autres régents, cependant que vous vous acharniez à produire votre propre Karmapa “ pantin ”, et ce dans des visées suprêmement égoïstes. Celles-ci sont clairement étayées, par exemple, dans votre courrier daté du 27 septembre 1984, où Tobga déclare : “ Vous pouvez tous croire que la précieuse incarnation de notre refuge et protecteur est parmi nous. ” Vous avez clamé plusieurs faussetés du genre ; nous démasquerons quelques-unes de vos supercheries ci-dessous.

Votre comportement ne laissa aucun choix à leurs Éminences Situ Rinpoche et Gyaltsap Rinpoche : ils durent se charger eux-mêmes de découvrir la réincarnation du Gyalwa Karmapa. Ainsi, le 1er juin 1992, les deux régents se rendirent à Dharamsala pour informer Sa Sainteté le Dalaï Lama des faits entourant cette affaire. Ils reçurent ainsi son aval et revinrent ensuite à Rumtek. À leur retour, ils avisèrent le public de leur séjour à Dharamsala et de la confirmation du XVIIe Karmapa. Pendant cette annonce, vous, Shamar, avez fait irruption à Rumtek accompagné d’une troupe de soldats de l’armée indienne, que vous aviez organisée préalablement ; ces militaires étaient munis d’armes chargées et prêtes à faire feu. Vous avez ensuite menacé leurs Éminences et le public pour qu’ils se plient à vos exigences. Jouant au commandant, vous avez ordonné à ces soldats armés de s’introduire dans le temple principal du monastère. En dépit des protestations véhémentes des gens présents, que vous avez froidement ignorées, vous avez provoqué l’esclandre qui s’ensuivit entre la foule assemblée et l’armée. À son tour, cet incident a engendré un conflit grave entre le gouvernement central de l’Inde et le gouvernement d’État du Sikkim. Tout cela, à cause de vos faits et gestes ! Vos comportements avilissants et néfastes sont bien connus de tous, vous qui êtes semblable à un archer qui, sous la guise d’un moine, tirerait ses flèches empoisonnées en toutes directions.

Le 21 novembre 1992, deux jours avant la fin des cérémonies annuelles de Pema Bendza, effectuées dans le grand temple du monastère de Rumtek, vous avez brusquement mis un terme à la puja. Vous avez décrété la fermeture des portes du temple et avez suspendu toutes les cérémonies religieuses pour les mois à venir. En quoi ce type d’interventions de votre part ont-elles servi la doctrine du Bouddha ?

Le 21 décembre 1992, vous avez donné l’ordre que soient verrouillées et scellées toutes les portes des autels et des pièces personnelles de Sa Sainteté. Ce qui a empêché les activités religieuses habituelles, par exemple, celles qui consistent à faire des offrandes ou à recevoir la bénédiction d’objets sacrés. En outre, votre geste a donné lieu à d’autres actions négatives et nuisibles.

À la mi-février 1993, au cours des pujas de Mahakala, célébrées en fin d’année pour le bien des êtres et de la doctrine, vous avez annulé les danses sacrées traditionnelles [chams] sans nul autre motif que votre intérêt personnel.

Le 13 juillet 1993, vous avez annoncé à l’Institut Nalanda [le collège monastique à Rumtek], que les moines devaient prendre un congé pendant tout le mois d’août, congé qui n’était pas prévu au programme. Encore une fois, vous avez décrété que les portes du temple, de la cuisine et des chambres des moines soient fermées à clef, et que ces clefs vous soient remises, à vous Shamar. Par ailleurs, vous avez subrepticement contacté le comité des examens à l’Université Sanskrite de Bénarès et empêché les étudiants des classes supérieures de l’Institut de passer leurs examens. Vous avez provoqué le plus épouvantable schisme dans la Sangha au principal monastère de Sa Sainteté le Karmapa, Rumtek ; vous avez perturbé la dernière retraite de la saison des pluies, le Yarney ; vous avez annulé nombre de fonctions religieuses bénéfiques ; et vous avez violé la constitution de l’Institut Nalanda. En bref, vous avez commis les actes les plus déplorables et les plus vils, et avez ainsi engendré une négativité de nature absolument pernicieuse. Et nous ne mentionnons ici que quelques-unes de vos machinations. Néanmoins, si les circonstances l’exigeaient, nous expliquerions plus en détail, avec preuves à l’appui, toutes vos stratégies de renégat.

Les efforts que font les gens en vue de diffuser le précieux Bouddhadharma ne sont jamais répréhensibles. En revanche, comment quelqu’un peut-il se permettre de causer la déchéance du Bouddhadharma par des actions telles que les vôtres ? Un lama, qui a transgressé ses samayas et ses serments sacrés et qui se livre à des actes machiavéliques tels que les vôtres, s’est écarté, et de très loin, des purs enseignements du Bouddha. Ainsi, vous vous êtes vous-même départi du droit, de l’autorité qui vous permettraient de reconnaître la suprême incarnation du Gyalwa Karmapa. Vous n’ignorez certainement pas que chacun porte le poids de ses propres actions négatives. Nous déclarons que désormais vous n’avez plus aucun droit d’interférer, directement ou indirectement, dans les affaires du siège du Karmapa à Rumtek, et dans les centres affiliés.

Voici donc en résumé vos actions injustifiées et vos intrigues à l’encontre de la réincarnation du Gyalwa Karmapa.

Le 27 septembre 1984, Tobga, vous avez fait parvenir, de votre résidence de Lhundrup Ling à Thimpu au Bhoutan, une lettre au Quartier Général International du Glorieux Gyalwa Karmapa ; on y lit : “ Vous pouvez tous croire que la précieuse incarnation de notre refuge et protecteur est parmi nous. Choisissez un jour de bon augure où tous les moines et les laïcs érigeront des drapeaux à prière et effectueront de fastes cérémonies d’offrande et des pujas aux protecteurs. ” Il s’agit ici d’une notification officielle puisque, en premier lieu, la lettre a été envoyée par le Secrétaire général de Sa Sainteté Karmapa et signée de sa main ; en second lieu, elle fut envoyée au Quartier Général de Sa Sainteté ; et en troisième lieu, l’élément essentiel de cette lettre était que “ la précieuse incarnation est parmi nous ”.

En 1990, quand vous, Shamar Rinpoche, vous êtes rendu clandestinement au Tibet en quête de la réincarnation dans la district de Namtso, diverses rumeurs trompeuses furent répandues. En premier lieu, les “ Karmapa Papers ”, ce document plein de fausses informations de votre cru, vous cite : “ Ma visite au Tibet se conformait à une instruction d’un disciple proche [du XVIe Karmapa] que j’ai mentionné à quelques reprises. ”

En second lieu, une lettre de la main de Son Éminence Jamgon Rinpoche dit : “ Shamar Rinpoche s’est rendu à Namtso en rapport à une vision sacrée qu’il aurait prétendument eue. ” Vous aviez astucieusement prévu que, si par un heureux hasard votre mission à Namtso avait réussi, vous auriez clamé haut et fort votre “ vision ” ; et si elle avait échoué, vous auriez rejeté la faute sur d’autres.

En troisième lieu, dans votre discours public en Malaisie le 11 avril 1993, vous avez affirmé n’avoir jamais mis les pieds au Tibet, encore moins à Namtso. Vous avez donné trois différentes versions de cette histoire ; voilà un schéma de comportement que vous répétez encore et encore. Que le détenteur du titre de Shamar Rinpoche profère des mensonges et échafaude des supercheries si flagrantes, sans aucun scrupule, n’est-ce pas là la plus abjecte infamie de sa part  ?

Nous disposons d’autres documents et de preuves tangibles qui attestent que vos actes ne sont ni francs ni honnêtes. Quand vous, Shamar Rinpoche vous êtes rendu à Namtso en compagnie de Ngawang Chodrak, le secrétaire du monastère de Yangpachen, pour vous seconder dans la quête de la réincarnation de Gyalwa Karmapa, voici ce qu’a noté Ngawang Chodrak à partir de ce que vous lui dictiez : “ Semble situé au nord-ouest de Tsurphu ; père, Norbu Wangdu ; mère, Zangmo ; le fils est Ngodrub Dorje, à mon avis, sept ou neuf ans ; visage rougeaud, yeux noirs, tempes larges, front haut ; le corps, la parole et l’esprit portent le signe ; le dos ou l’omoplate droit ou gauche portent un signe définitif ; la famille vit près d’un lac auparavant nommé Pema Tso, aujourd’hui dit Pema Tsal. ”

Le 8 juin 1992, lors de votre déclaration en tibétain face aux moines et à la communauté laïque dans le hall d’assemblée de l’Institut Nalanda à Rumtek, vous avez dit que la véritable Lettre de prédiction était minuscule ; qu’elle était difficile à comprendre et à interpréter ; et qu’elle se trouvait actuellement dans un reliquaire dans une pièce réservée aux reliques appartenant à Sa Sainteté. Vous avez poursuivi en affirmant que si l’issue de tout cela n’était pas positive, vous renonceriez à être le détenteur du siège des Shamarpa. Plus tard dans la soirée du même jour, Bero Khyentse Rinpoche, Ponlop Rinpoche, Sangye Nyenpa Rinpoche, Bokar Rinpoche et Drupon Rinpoche se sont rendus à votre résidence, mus par une motivation sincère et tourmentés par l’inquiétude ; ils vous ont prié de leur montrer la Lettre de prédiction que vous aviez mentionnée plus tôt, car ils étaient d’avis qu’il fallait rapidement dissiper les doutes des disciples à Rumtek et de par le monde. Vous avez répliqué que cette Prédiction n’était pas sous forme de lettre, mais qu’il s’agissait d’une instruction orale qui avait été transmise à un disciple tout à fait digne de confiance. La personne en question vous aurait confié que le moment de divulguer cette instruction n’était pas encore venu. Puisqu’elle ne souhaitait rien révéler, vous n’y pouviez rien. Donc, le matin vous aviez affirmé qu’une Lettre de prédiction existait et le soir même vous disiez qu’il n’y avait aucune Lettre ! Les Rinpoches qui vous avaient rendu visite s’en retournèrent, consternés et choqués.

À l’automne de l’année 1992, l’ex-maître de vajra du monastère de Rumtek, Nendo Tulkou se rendit à Tsurphu pour rencontrer la suprême incarnation du Karmapa. À son retour, il vous rencontra au monastère de Sa Sainteté à Delhi. Au cours de cet entretien, vous lui avez dit que la Prédiction n’était ni sous forme de lettre, ni sous forme d’instruction, mais qu’il y avait un certain oracle au Bhoutan auquel tous pouvaient accorder foi. Cet oracle aurait affirmé que le Karmapa était de retour, et que les gens pouvaient s’y fier. Le personnel du monastère de Rumtek a tellement parlé de cette nouvelle rumeur que l’affaire s’ébruita largement.

En bref, toute cette désinformation éloquente sur la prétendue découverte par vous d’une réincarnation incontestable n’est autre chose qu’une astucieuse mise en scène pour masquer votre intention réelle : établir un Karmapa “ pantin ” qui servira vos fins. Les actes mentionnés ci-dessus témoignent de ce dessein. Par contre, nous ne laisserons jamais votre duplicité déguiser l’essentiel du problème. Croyez bien que vos proclamations irréfléchies sont semblables à la fleur empoisonnée prenant racine dans les broussailles épaisses de vos supercheries passées.

Avec la plus grande déférence pour la tradition Kagyu et le désir ardent de préserver votre statut en tant que Shamarpa, le suprême Tulkou Orgyen Rinpoche a donné un conseil que vous aviez accepté pleinement. Ainsi, le 17 juin 1992, lors d’une réunion à laquelle participaient Tai Situ Rinpoche, Gyaltsap Rinpoche, Tulkou Orgyen Rinpoche et vous-même, Shamar Rinpoche, de votre plein gré vous avez consenti à coucher par écrit votre acceptation de la Lettre de prédiction en leur présence. Par la suite, tous ensemble, vous avez informé les officiels du gouvernement du Sikkim et assuré que les trois régents avaient fini par s’entendre. Du coup, tout avait été finalisé. On vous a fourni une échappatoire digne de votre rang. À ce moment-là, vous avez eu l’intelligence de prendre conscience de la situation. Mais vous n’avez pas perçu cette porte de sortie. Vous avez plutôt opté de rompre les liens sacrés qui vous liaient à Tulkou Orgyen Rinpoche, et de détruire la confiance qu’il vous avait accordé. Il est inimaginable qu’une personne ordinaire puisse agir de la sorte, encore moins un haut placé dans la hiérarchie spirituelle ! Votre connivence avec des complices dépravés et corrompus vous a fait régresser comme de la viande en putréfaction dont la pestilence se répand partout au loin. Vos agissements ne correspondent-ils pas parfaitement aux prophéties du Ve Karmapa, Deshin Shegpa, prophéties préfigurant la venue d’une émanation qui violerait les liens sacrés et les samayas précisément à l’époque actuelle ?

Le 29 juin 1992, Situ Rinpoche et Gyaltsap Rinpoche obtinrent une audience avec Sa Sainteté le Dalaï Lama à Dharamsala au cours de laquelle ils lui présentèrent une copie de la Lettre de prédiction et le prièrent de lui accorder son aval. Plus tard dans la journée, vous aussi avez eu une audience avec Sa Sainteté le Dalaï Lama. Sa Sainteté vous a aimablement convoqué tous les trois ensemble pour le lendemain afin de vous donner son avis. Néanmoins, ce soir-là, vous avez informé le Secrétaire du Département de la Religion et de la Culture que vous ne comptiez pas vous présenter au rendez-vous fixé par Sa Sainteté. Vous avez transmis une lettre au Bureau Privé de Sa Sainteté et avez filé rapidement de Dharamsala, le soir même. Le lendemain, les deux autres Rinpoches assistèrent à l’audience fixée par Sa Sainteté et reçurent de lui le sceau suprême d’approbation, le Buktham Rinpoche, ainsi qu’une cordelette de protection spéciale et une écharpe de soie à l’intention de la précieuse réincarnation de Sa Sainteté Karmapa. Sa Sainteté le Dalaï Lama avait donc accordé l’ultime confirmation. Néanmoins, vous avez choisi de vous priver d’une occasion en or de recevoir de la plus éminente autorité bouddhiste en ce monde des conseils bienveillants pour votre bonheur personnel. Tel un militaire arrogant proclamant sa bravoure sans avoir jamais été au combat, vous, Shamar Rinpoche avez craché sur cette chance qui aurait pu vous apporter des bienfaits immédiats et futurs. Dès lors, nous vous tenons responsable pour tout le mal qui a été fait depuis.

Puisque concordent la vision de Sa Sainteté le Dalaï Lama, perçue dans sa sagesse pareille au miroir et la Lettre de prédiction de la main du précédent Gyalwa Karmapa, les écoles de bouddhisme tibétain, au Tibet comme dans la diaspora, les suivants de la lignée Kagyu et le grand public ont intronisé Sa Sainteté le XVIIe Karmapa à Tsurphu au Tibet, au siège de tous ses prédécesseurs lors de cérémonies traditionnelles d’intronisation.

Le 30 novembre 1992, pendant l’assemblée générale de la lignée Karma Kagyu, une décision fut prise à l’unanimité : l’on s’opposerait à tout Karmapa imposteur. Nous affirmons notre allégeance absolue à cette décision.

Vers 1966, vous TOBGA, avez rendu vos vÅ“ux monastiques pour épouser Ashi Chokey. Dès lors, vous vous êtes dissocié de l’Administration Tsurphu de Rumtek. Depuis ce moment et jusqu’à la mort de Sa Sainteté en 1981 et celle du Secrétaire Général de Rumtek en 1982 – une période de quinze ans au total –, vous n’avez jamais participé ni aux affaires extérieures ni aux affaires intérieures de l’administration Tsurphu à Rumtek. Par ailleurs, les membres de cette administration ont toujours su que Sa Sainteté n’avait jamais eu confiance en vous.

Le 27 février 1981, lorsque Sa Sainteté présidait à l’ouverture de nouveau bureau au Quartier Général International des Karma Kagyu à Rumtek, il a annoncé personnellement les nominations des quatre éminences en tant que régents. Par ailleurs, M. Damcho Yongdu agirait comme Secrétaire Général, M. Tenzin Namgyal, en tant que Secrétaire principal et Directeur administratif et tous les membres du personnel de l’administration devaient servir sous leurs ordres. À cette époque, Sa Sainteté n’a même pas fait mention de vous, Tobga, pas même pour vous attribuer une position cléricale mineure. Avec la disparition de Sa Sainteté, M. Damcho Yongdu se chargea de toutes les tâches majeures urgentes ; il fit tout ce que l’on attendait de lui. En revanche, si vous étiez bien à Rumtek à cette époque, personne ne vous a jamais vu assumer une seule des responsabilités du secrétaire général.

Après le décès du Secrétaire Général, M. Damcho Yongdu, quelques minutes après avoir quitté votre résidence au Bhoutan, vous avez accompagné le corps que l’on rapatriait à Rumtek [Damcho Yongdu a trouvé la mort, mystérieusement, au Bhoutan]. Depuis ce moment-là jusqu’à maintenant, tout ce que vous avez pu accomplir en tant que Secrétaire Général, en vérité, c’est d’assurer votre position et votre pouvoir afin d’être capable de vous livrer à vos forfaits. En conséquence, au cours de l’assemblée générale des Karma Kagyu, qui a débuté le 30 novembre 1992, une motion fut proposée en vue de vous démettre de vos fonctions de Secrétaire Général. Cette proposition fut acceptée à l’unanimité, des centaines de signatures la confirmèrent. En dépit de votre révocation, vous continuez à prétendre que vous occupez toujours ce poste.

Tobga, vous soutenez que vous avez secondé Shamar Rinpoche et que vous avez servi la lignée des Karmapa, et pourtant, c’est tout le contraire ! Vous n’auriez pu nous causer plus de honte et ce, à tous points de vue. N’êtes-vous pas conscient de ce que vous faites ?

Shamar Rinpoche, depuis les treize dernières années, votre habitude de désigner la réincarnation du Karmapa fait songer aux simagrées d’un aveugle qui balance sa canne en tous les sens. Cette attitude est tellement différente de celle de Situ Rinpoche et de Gyaltsap Rinpoche qui, tels des flambeaux dans l’obscurité, ont effectivement mené à bien la tâche primordiale qui exigeait de retrouver la précieuse réincarnation de Sa Sainteté le XVIe Gyalwa Karmapa. Les deux régents ont également poursuivi une Å“uvre en vue de promouvoir le Bouddhadharma, et notamment, de servir l’Administration de Tsurphu. Vous par contre, avez persisté dans ce cycle de mensonges dans l’espoir stérile d’atteindre vos objectifs égocentriques. En outre, mû par la jalousie et la malveillance, vous avez propagé partout de graves diffamations et vos duperies ; par exemple à l’effet que Situ Rinpoche serait à la solde des Chinois ! N’oubliez pas que nous ne tolérerons jamais de telles calomnies. Le jour viendra où la vérité éclatera, et vos mensonges seront apparents.

Nous, le corps administratif du Siège du Glorieux Gyalwa Karmapa à Rumtek, les représentants des moines du monastère et de l’Institut Nalanda, et délégués de la communauté faisons parvenir cette lettre dûment signée le 26 février 1994.

[Cette lettre a été traduite par le Comité de traduction de Rumtek. Nous avons cherché à rendre le sens plutôt que d’en faire une traduction littérale. L’Administration de Rumtek a approuvé cette traduction.]

Secrétaire Général DY.

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