Entrevue avec Thrangu Rinpoche sur la controverse qui entoure le Gyalwa Karmapa
Traduit du chinois à l’anglais par l’équipe TDSPJ. Originellement paru dans le magazine “ Pour votre information ”. L’entrevue a été réalisée par Karma Choying Kunkhyab Ling et remise au rédacteur en chef du magazine, le Vén. Guang Chao. À Singapour, le 24 mai 2000. Q : Une controverse entoure l’identification du XVIIe Karmapa dans la lignée Kagyu. Deux des principaux disciples du XVIe Karmapa ont identifié deux garçons différents comme étant la réincarnation du XVIe Karmapa. Tai Situ Rinpoche a reconnu Orgyen Trinley Dorje, originaire du Tibet, alors que Shamar Rinpoche a reconnu Thaye Dorje, issu de l’Inde. Désormais, il semble y avoir deux Karmapas et dès lors, la confusion règne parmi les disciples. Qui plus est, lorsque les disciples demandent aux Rinpoches et aux khenpos de la lignée Kagyu de clarifier la situation, quelques-uns déclarent admettre les deux candidats. Par contre, ni Tai Situ Rinpoche ni Shamar Rinpoche ne reconnaissent le candidat du camp opposé comme réincarnation du XVIe Karmapa. À mon avis, il revient aux doyens de la tradition Kagyu d’élucider cette question. Récemment, j’ai eu l’honneur d’interviewer Thrangu Rinpoche. Outre le fait qu’il soit l’un des doyens de la lignée, il a également été tuteur de Situ Rinpoche et de Shamar Rinpoche. Il est à mon sens le mieux qualifié parmi les doyens de la lignée pour éclaircir la situation et nous faire connaître la vérité. La lignée Kagyu a-t-elle déjà connu un problème de cet ordre ?
R : Dans l’histoire de l’humanité, c’est S.S. le Karmapa qui a instauré la tradition des tulkous – les lamas réincarnés. Sa Sainteté possède la lignée d’incarnations la plus longue, et le Karmapa actuel en est la XVIIe réincarnation. À sa mort, chaque Karmapa retourne vers une terre pure. Après quelque temps, en accord avec ses aspirations, il revient en ce monde. À la VIIIe, la Xe et la XIIe incarnation, l’identification de la réincarnation incontestable du Karmapa a posé des problèmes. Les disciples purent toutefois parvenir à une solution dans les trois cas, en s’appuyant sur leur foi en Karmapa et sur leur ferme intention de soutenir et de protéger Sa Sainteté. Au bout du compte, aucun de ces incidents ne prit de proportions catastrophiques. Q : Qu’est-ce qui a provoqué ces polémiques et pourquoi n’ont-elles pas dégénéré ? Quelles en étaient les raisons ? A : Dans ce type de situations, il existe au départ deux groupes de personnes [qui s’opposent]. Ceux du premier groupe ne possèdent ni la capacité ni les facultés intuitives requises pour identifier la réincarnation du Karmapa. Ils ne sont pas non plus doués de sagesse. Ils s’appuient sur leur bavardage et sur des aptitudes ordinaires. C’est pourquoi ils doutent et remettent en question le Karmapa. Par ailleurs, les gens du second groupe sont d’authentiques pratiquants disposant de réalisations. Leur sagesse leur permet de savoir clairement qui est le véritable Karmapa. Aussitôt que ces deux groupes se forment d’un côté et de l’autre, la dissension s’ensuit. Le Karmapa est l’incarnation du Bouddha Shakyamuni, de tous les Bodhisattvas, de leur activité et de leurs réalisations. Il est ainsi au-delà ce monde et ne souffre nullement de ces dissensions. C’est pourquoi, jusqu’ici, aucun de ces schismes n’avait causé de problème. Q : D’après vous, Rinpoche, cette controverse devrait se résoudre grâce aux qualités et aux mérites du Karmapa. Mais avant, les disciples du Karmapa connaîtront le désarroi et la confusion. C’est pourquoi nous espérons que les doyens de la tradition Kagyu, tel Rinpoche, éclaireront les suivants de la lignée. De votre point de vue, de quelle manière devraient-ils déterminer qui est le véritable Karmapa ? S’ils ne savent pas comment s’y prendre pour y parvenir, peut-être ignoreront-ils jusqu’à la fin de leurs jours qui il est ? R : Il s’agit d’une question primordiale, car elle concerne la transmission de toute la tradition. Pour illustrer ce point, je ferai appel à une analogie simple. Si par exemple deux pommes se trouvent sur une table, l’une est vraie et l’autre est artificielle. Lorsque la faim nous prend, le mieux serait de choisir la bonne pomme, et de jeter l’autre. Dans le cas contraire, nous resterons sur notre appétit. Il en va de même quand il s’agit de s’assurer de qui est le vrai Karmapa. Ici, une erreur serait lourde de conséquences. Qui donc possède la capacité d’identifier le vrai Karmapa et d’enseigner aux disciples à faire la différence ? Il est de mon devoir, de celui des doyens de la lignée et des grands Rinpoches de s’en charger. Je vais assumer cette responsabilité dès maintenant. Je souhaite faire savoir sans ambiguïté à tous mes disciples qui est le véritable Karmapa, celui qu’ils doivent suivre dans leur pratique du Dharma. À l’heure actuelle, deux Karmapas semblent s’être manifestés, l’un originaire de l’Inde et l’autre, du Tibet. D’un point de vue strictement temporel, je n’ai rien à faire avec eux, car j’habite au Népal. Mais dans le cadre de ma pratique de la lignée, j’ai prié sans relâche le XVIe Karmapa pour qu’il m’aide à discerner clairement dans mon esprit et au plus profond de mon cÅ“ur celui qui est le XVIIe Karmapa. Grâce à la motivation pure de ma prière et aux bénédictions du XVIe Karmapa, j’ai conclu, avec une certitude absolue, que Orgyen Trinley Dorje du Tibet est le XVIIe Karmapa. J’en suis venu à cette conclusion par ma propre pratique et grâce aux bénédictions du Karmapa. Les éléments suivants peuvent aussi permettre de déterminer qui est le Karmapa : . D’abord, un grand terton tibétain du nom de Chogyur Lingpa a noté dans des annales les visions prophétiques qui lui furent révélées ; on y retrouve les descriptions limpides de divers événements de la vie du Ier au XXIe Karmapa. Ces descriptions font référence au lieu de naissance des Karmapas et au nom de leurs parents respectifs. D’après les annales de ces prophécies, Orgyen Trinley Dorje du monastère de Tsurphu est l’authentique Karmapa. En second lieu, quand j’étais auprès du Karmapa, en route vers l’Inde depuis le Tibet, il rédigea une prédiction au sujet de sa réincarnation future. Après s’être établi au monastère de Rumtek au Sikkim, il a composé une autre lettre versifiée, à propos de sa réincarnation. À l’époque, j’ai pris connaissance de ces deux missives. Le premier des deux écrits signifie nettement que Orgyen Trinley Dorje du Tibet est le XVIIe Karmapa. Et le second texte, écrit à Rumtek, corrobore le premier. En troisième lieu, tous les moines hautement réalisés, tels S.S. le Dalaï Lama, S.S. Sakya Trizin ainsi que de nombreux pratiquants bienveillants, ont, dans leur vaste sagesse, affirmé que Orgyen Trinley Dorje du Tibet est le XVIIe Karmapa. C’est une grande chance d’avoir bénéficié d’une telle quantité de preuves indubitables ; d’avoir retrouvé le XVIIe Karmapa et de pouvoir nous prosterner à ses pieds. Je prie pour que vous engendriez une motivation parfaite et j’espère que vous tous saurez désormais que le XVIIe Karmapa est Orgyen Trinley Dorje. Rejetez en toute conscience la pomme falsifiée, et tournez-vous vers la vérité. Vous en récolterez d’immenses bienfaits. Q : Rinpoche, vous avez indiqué que le grand terton Chogyur Lingpa avait eu des visions prophétiques à propos du Ier au XXIe Karmapa. Qu’en est-il de ses écrits concernant le XVIIe Karmapa ? R : Chogyur Lingpa était contemporain du XIIIe Karmapa. Les prédictions concernaient donc surtout les XIVe au XVIe réincarnations. La prophétie sur le XVIIe Karmapa n’en dit pas beaucoup. Mais elle comporte néanmoins plusieurs éléments de preuve. Le premier point dans les annales fait mention du fait que Karmapa se trouve en compagnie de Tai Situ Rinpoche sur une montagne rocailleuse où croissent des arbres luxuriants. Leur esprit ne fait qu’un. Au sujet du XVe Karmapa, les annales disent qu’il atteindra de grandes réalisations dans sa pratique des yogas en méditant sur les bindus. Le fait que le XVe Karmapa ait été entouré de dakinis confirme qu’il s’adonnait au yoga dont fait mention la prophétie. La prédiction concernant le XVIe Karmapa était très spéciale. Les annales mentionnent un édifice à deux étages. Le XVIe Karmapa Ranjung Rigpe Dorje se trouve au rez-de-chaussée et une statue du Bouddha Shakyamuni est au premier étage. Cette image souligne que le XVIe Karmapa est un bikkhou parfaitement pur ; elle révèle également qu’il avait de nombreux disciples qui eux-mêmes étaient de purs bikkhou. L’augure selon lequel le XVIIe Karmapa est auprès de Tai Situ Rinpoche cherche à montrer qu’il y aura un désaccord quant à cette incarnation et que l’esprit du XVIIe Karmapa sera indissociable de celui de Tai Situ Rinpoche. Q : On peut donc conclure, en se basant sur les prophéties de Chogyur Lingpa Rinpoche que Orgyen Trinley Dorje, qui est auprès de Tai Situ Rinpoche, est le véritable Karmapa. Par ailleurs, vous avez mentionné l’existence de deux lettres de la main du XVIe Karmapa. Rinpoche, pourriez-vous nous livrer le contenu de ces lettres ? R : La première lettre comporte deux pages et fut composée quand le Karmapa était encore au Tibet. Après son arrivée au Sikkim, il a demandé à un imprimeur, Camata, d’en faire un certain nombre de copies. Plusieurs personnes ont eu la chance d’en prendre connaissance. La seconde lettre fut rédigée à Rumtek, au Sikkim, et bon nombre de personnes l’ont lue également. L’abbé du monastère de Rumtek, après lecture, pria le Karmapa d’en autoriser l’impression en vue d’une diffusion plus vaste. Souhaitant ne pas voir trop de copies en circulation, le Karmapa consentit à ce qu’une cinquantaine d’exemplaires soient imprimés. Le point saillant commun à ces deux textes est la mention que la réincarnation du XVIIe Karmapa apparaîtrait au Tibet. Le premier écrit dit notamment : “ Je suis présentement en Inde. Mais très bientôt, je serai de retour au Tibet. ” Le second poème évoque également un retour prochain au Tibet. Cependant, quand il s’entretenait avec ses disciples, le XVIe Karmapa disait qu’il ne rentrerait pas au Tibet. Pourtant, ces deux lettres affirment le contraire. Par la suite, ses disciples comprirent qu’il écrivait qu’il retournait bientôt au Tibet en guise de prophétie pour indiquer qu’il serait intronisé au Pays des neiges. Q : Rinpoche, vous avez fourni des preuves claires attestant que Orgyen Trinley Dorje est le véritable Karmapa. Puisque la preuve est faite, pourquoi Shamarpa persiste-t-il à s’y opposer ? Puisqu’il fut votre élève, quels motifs l’incitent à adopter une position antagoniste ? R : Avant que ne soit identifié le XVIIe Karmapa, j’avais discuté avec Shamar Rinpoche à ce sujet. Je lui avais conseillé de ne pas procéder à une identification de son côté ; de ne pas causer de problèmes. Pour notre maître et pour arriver à un consensus sur cette question primordiale, j’avais espéré que tous ceux concernés ne tiendraient pas compte de leur intérêt personnel et de leurs opinions. Mais son proche parent [Tobga, aujourd’hui décédé] était férocement opposé à ma suggestion. Shamar Rinpoche par la suite repoussa mes recommandations. Face à cette attitude, j’ai préféré ne plus lui offrir de suggestions. Parce qu’un adepte des pratiques du Vajrayana ne doit pas se disputer avec qui que ce soit quand il s’agit de la quête de son maître et refuge. C’est là un précepte fondamental.*** Q : Il paraît que Shamar Rinpoche a exigé que la Lettre de la main du XVIe Karmapa soit authentifiée grâce à des méthodes scientifiques. Pour quelles raisons a-t-il requis cette procédure ? R : Les deux lettres mentionnées ci-dessus ne sont pas les documents qu’il voulait faire expertiser. À mon avis, une expertise médico-légale du document de prédiction est inutile, car aucun des documents laissés par les 15 Karmapas précédents n’ont fait l’objet de telles évaluations. Toute controverse parmi les disciples se résolvait grâce à leur foi en Lui et par ses bénédictions. Par le fait même, il n’est nul besoin de faire expertiser les documents actuels par des spécialistes judiciaires. En vérité, nombre de religieux haut placés et de pratiquants ont, dans leur compassion et leur sagesse, indiqué clairement qui est le Karmapa. Il ne nous reste plus qu’à accepter ce qu’ils disent. Par ailleurs, les expertises médico-légales sont employées dans les causes criminelles. Les documents de prédiction que nous a laissés le XVIe Karmapa sont sacrés et en outre, ils sont bénis. D’un point de vue religieux, il serait donc bizarre de les évaluer comme s’il s’agissait d’écrits de la main de criminels. Donc ces deux motifs expliquent pourquoi l’examen médico-légal des documents est superflu. Q : Aujourd’hui, il y a deux Karmapas en Inde. L’un est le véritable Karmapa, et l’autre, un imposteur. Rinpoche, avez-vous songé à introniser Orgyen Trinley Dorje, couronné de la Coiffe noire, au monastère de Rumtek en présence des chefs des lignées, des Rinpoches et des khenpos des diverses traditions du Vajrayana, ceci en guise de confirmation de leur part ? Envisagez-vous cette possibilité ? R : Le couronnement par la Coiffe noire s’accomplira au moment opportun, peu importe les efforts que nous mettons pour atteindre ce but. Pourquoi ? Mû par sa compassion et son désir de poursuivre ses activités dans le Dharma en vue de libérer tous les êtres, le Karmapa est revenu parmi nous. Le pouvoir d’une telle bénédiction fera que toutes les activités du Dharma de cet ordre s’accompliront tout naturellement. Il n’y a pas à s’inquiéter. Q : Plusieurs suivants de la lignée Karma Kagyu sont disciples de Shamarpa. Si, après avoir entendu vos enseignements, s’éveillaient en eux la foi envers Orgyen Trinley Dorje, comment pourraient-ils ensuite s’en remettre à leur maître Shamarpa ? R : La clef ici, c’est la lignée du Karmapa. Il s’agit de la pureté de l’ensemble de notre tradition Kagyu. Parce que, dans celle-ci, la transmission continue des bénédictions, de la pratique du Dharma, des méthodes, des initiations, des lungs, des mantras et des instructions provient du lignage ininterrompu des Karmapas. En d’autres termes, il suffit que la tradition du Karmapa soit pure du premier au XVIIe, pour que notre pratique s’enrichisse de bénédictions pures. Voilà pourquoi la pureté de la lignée est primordiale. C’est aussi pourquoi il nous faut suivre le Karmapa Orgyen Trinley Dorje. Les disciples de Shamar Rinpoche qui s’aperçoivent que son candidat n’est pas le Karmapa et qui continuent à suivre Shamar en s’imaginant que cette histoire ne les concerne pas se trompent lourdement. Normalement, s’ils s’en rendent compte, il faut qu’ils se dissocient de Shamar Rinpoche. À ce point, je tiens à spécifier que je ne prends pas parti pour Tai Situ Rinpoche ; je ne dis pas ces choses pour apporter mon soutien à Situ Rinpoche ou à Gyaltsap Rinpoche. Et je ne critique pas non plus Shamar Rinpoche, ni ne tente de réfuter sa position. Le motif qui sous-tend mes propos est d’expliquer clairement que dans le cadre de la pratique du Vajrayana, la personne en qui l’on prend refuge est de toute première importance. La personne ou l’image face à qui nous exprimons notre aspiration et devant qui nous formulons nos prières doit impérativement être sans ambiguïté et absolument pure. C’est primordial. Une personne/image pure et non équivoque sera d’un grand secours pour les pratiquants. Si nous adressons nos prières ou prenons refuge dans la mauvaise personne, alors notre pratique ne portera que peu de fruits. Voilà le point que je souhaite souligner aujourd’hui. Je veux absolument faire savoir aux adeptes de la lignée Karma Kagyu qui est leur véritable refuge. J’espère que vous comprenez tous que le sens de mes propos ici est l’authentique refuge. Nous l’abordons du point de vue de la pratique du Dharma. Q : Si l’on en croit votre enseignement, les pratiquants de la lignée Karma Kagyu prennent refuge en Karmapa et le visualisent comme leur gourou racine. S’ils tiennent Shamarpa pour leur maître et qu’ils croient que Thaye Dorje est le Karmapa, alors où est le problème ? Dans le cas d’autres disciples de Shamar Rinpoche qui n’ont pas foi en Thaye Dorje, mais qui croient que Orgyen Trinley Dorje est le Karmapa, trahissent-ils par le fait même leur maître ? Comment peuvent-ils en arriver à une solution dans leur pratique ? R : Je ne prends pas position, mais je dois dire aux disciples Kagyu qu’il leur revient de déterminer la voie spirituelle juste qu’ils suivront dans leur pratique du Dharma. Les disciples de Shamarpa qui ont des doutes quant à ses agissements n’ont nul besoin de le critiquer. Mais rien non plus ne les force à rester auprès de lui et à continuer à étudier le Dharma avec lui. Si vous avez foi en Orgyen Trinley Dorje, vous vous tournerez spontanément et tout naturellement vers lui pour recevoir les enseignements du Dharma. Q : Si les disciples de Shamarpa prennent refuge en Orgyen Trinley Dorje, avec quels khenpos et Rinpoches devraient-ils étudier le Dharma ? R : Ils n’ont pas besoin de critiquer Shamar Rinpoche, mais ils peuvent poursuivre leur pratique sous l’égide de maints Rinpoches qui suivent Orgyen Trinley Dorje. Comment s’y prend-on pour trouver un nouveau gourou ? Pour découvrir un gourou, il faut observer attentivement. Lorsque la parole, la conduite et l’enseignement d’un maître vous incitent à penser que sa lignée est pure, alors naîtra en vous la confiance d’étudier le Dharma auprès de lui. Si un Rinpoche dit : “ Viens et sois mon disciple, ” alors quelque chose ne va pas chez ce Rinpoche. Si une personne est incapable de décider qui est le véritable Karmapa, peut-elle visualiser les deux Karmapas lors de sa pratique ? Un adage tibétain dit : “ Impossible d’atteindre le succès avec deux esprits, impossible de coudre avec deux aiguilles. ” “ Deux esprits ” signifie qu’il n’y a point de concentration ; on ne peut espérer accomplir beaucoup ainsi. Il en va de même avec la visualisation du Karmapa au cours de la méditation. Les pratiquants qui visualisent deux Karmapas sont de deux types. D’une part, il y a ceux qui n’ont foi ni en l’un ni en l’autre, mais qui se disent que, tôt ou tard, l’un des deux s’avèrera être le bon. En conséquence, la motivation qui sous-tend leur pratique n’est qu’à 50 %. Les résultats qu’ils recueilleront par la suite seront incomplets. D’autre part, il y a ceux qui suivaient le XVIe Karmapa. Puisque ce dernier est décédé, ils visualisent et prennent refuge en deux XVIIe Karmapas. Cette attitude est sérieusement fautive. Personne ne doit visualiser et prendre refuge avec un esprit confus. Il faut éprouver une conviction inébranlable en un seul Karmapa et croire fermement qu’il est de retour. Il faut prendre refuge en le XVIIe Karmapa. Je suis Thrangu Tulkou. Qu’il y ait de moi une seule ou plusieurs émanations n’influent pas beaucoup sur la tradition Karma Kagyu. En revanche, pour ce qui est du Karmapa, il n’y a jamais eu qu’une seule incarnation à la fois. Voilà ce dont les disciples doivent se persuader sans l’ombre d’un doute. Q : Dans le cas d’une personne qui aurait reçu du XVIe Karmapa ses pratiques et sadhanas, pourrait-elle ne pas tenir compte du XVIIe Karmapa et simplement s’en tenir, pour sa pratique, au XVIe ? R : Ce serait complètement illogique ! Par exemple, j’aurais eu confiance en mon père de l’âge d’un an à trente ans, et entre trente et quarante ans, j’aurais cessé d’avoir confiance. Et vous me dites que j’ai encore confiance en mon père ? Peut-être. Pour ce qui est de la lignée du Karmapa, ses disciples doivent avoir une foi sincère en lui depuis sa première incarnation et en toutes les incarnations subséquentes. Ils doivent aussi maintenir la ferme conviction que la lignée est ininterrompue, et continue. Q : Rinpoche, vous avez répété à plusieurs reprises qu’il n’existe qu’un seul Karmapa. Mais j’ai entendu dire récemment que le Karmapa pouvait avoir des émanations du corps, de la parole et de l’esprit. Plusieurs émanations du Karmapa sont-elles possibles ? N’y a-t-il qu’un seul Karmapa par époque, ou peut-il y en avoir plusieurs ? Dans leur histoire, y a-t-il eu des moments où il y avait plusieurs émanations ? R : Certains lamas, quand ils reprennent naissance, manifestent des émanations du corps, de la parole et de l’esprit, ceci afin d’étendre leur activité en vue de libérer tous les êtres. En ce qui concerne le Karmapa, il n’existe qu’une seule incarnation à la fois. Q : Pour finir, plusieurs khenpos et Rinpoches viennent enseigner le Dharma à Singapour. Si on leur demande qui est le véritable Karmapa, ils refusent de se prononcer, parce qu’ils sont en bons termes avec Shamar Rinpoche et ne souhaitent offenser personne. Que pensez-vous de ces lamas ? R : En effet, plusieurs lamas Karma Kagyu donnent l’impression de rester neutres, ne souhaitant offenser ni l’un ni l’autre des parties en présence. Les lamas qui agissent ainsi démontrent qu’ils se moquent de la pratique de leurs disciples. De toute évidence, ils ne veulent pas enseigner à leurs disciples le Dharma juste. Si vous apprenez à vos disciples qu’un enseignement est sans tache, il n’est pas possible de le leur signifier de manière ambiguë. Il n’est pas possible d’être indécis et d’avoir des réserves. Les critiques qui affirment à mon sujet que je protège sans relâche Orgyen Trinley Dorje ne m’atteignent pas. Par contre, je suis sincèrement intéressé à ce que mes disciples suivent une lignée pure, et que, de cette lignée pure, ils fasse naître la Bodhicitta et la compassion en vue d’atteindre l’Éveil. Quand j’enseigne le Dharma, je cherche à prendre soin, à veiller sur tous les êtres. |